La loi binomiale
Introduction
Dans un schéma de Bernoulli, on s'intéresse rarement à l'ordre des succès : on veut savoir combien il y en a. Combien de bonnes réponses dans un QCM rempli au hasard, combien de pièces défectueuses dans un lot, combien de passagers à l'embarquement.
Cette leçon donne la loi de ce nombre, la démontre — c'est une démonstration exigible au bac —, puis apprend à la calculer.
1. Définition
Loi binomiale : Dans un schéma de Bernoulli de paramètres n et p, la variable aléatoire X égale au nombre de succès suit la loi binomiale de paramètres n et p, notée B(n ; p).
X prend les valeurs entières 0, 1, 2, …, n.
Le premier paramètre est un nombre d'épreuves (un entier), le second une probabilité (entre 0 et 1) : B(3 ; 10) n'a aucun sens.
2. La probabilité de k succès
Expression de la loi binomiale : Si X suit la loi B(n ; p), alors pour tout entier k compris entre 0 et n :
P(X = k) = C(n,k) pᵏ (1 - p)ⁿ ⁻ ᵏ
Démonstration.
L'événement {X = k} est formé des listes de n résultats qui comportent exactement k succès. Dans l'arbre, ce sont les chemins qui passent exactement k fois par une branche S.
D'après la leçon précédente, chacune de ces listes a la même probabilité pᵏ (1 - p)ⁿ ⁻ ᵏ.
Il reste à les compter. Une telle liste est entièrement déterminée par les positions de ses k succès parmi les n épreuves : choisir ces positions, c'est choisir une partie à k éléments de l'ensemble {1, 2, …, n}. D'après le chapitre Combinatoire, il y en a C(n,k).
Ces listes sont des issues distinctes, donc des événements incompatibles deux à deux : la probabilité de leur réunion est la somme de leurs probabilités, soit C(n,k) fois le même nombre pᵏ (1 - p)ⁿ ⁻ ᵏ.
Le cas n = 4, k = 2, en entier : Les listes de 4 résultats à exactement 2 succès sont
SSS̅ S̅ — SS̅SS̅ — SS̅ S̅S — S̅SSS̅ — S̅SS̅S — S̅ S̅SS
Il y en a bien C(4,2) = (4 × 3)/2 = 6 : une par façon de placer les deux succès parmi les quatre positions. Chacune a pour probabilité p²(1 - p)², d'où P(X = 2) = 6 p²(1 - p)².
Ce que compte chaque facteur :
- C(n,k) : le nombre de chemins qui mènent à k succès ;
- pᵏ : les k succès ;
- (1 - p)ⁿ ⁻ ᵏ : les n - k échecs.
Contrôle d'un coup d'œil : les deux exposants ont pour somme n.
Remarque. Les événements {X = 0}, {X = 1}, …, {X = n} se partagent toutes les issues, sans se recouper : la somme des P(X = k) vaut donc 1, comme pour toute loi de probabilité.
3. Modéliser par une loi binomiale
Justifier qu'une variable suit une loi binomiale : Le correcteur attend quatre mentions, dans cet ordre :
- l'épreuve répétée, le succès choisi et sa probabilité p ;
- le nombre n de répétitions ;
- l'indépendance des répétitions — ou, pour un prélèvement sans remise dans une très grande population, le fait qu'on l'admet en approximation ;
- la conclusion : « X compte le nombre de succès, donc X suit la loi B(n ; p) ».
Un QCM rempli au hasard : Un QCM comporte 8 questions ; chacune propose 4 réponses dont une seule est juste. Un élève répond au hasard à chaque question, indépendamment.
Chaque question est une épreuve de Bernoulli de succès « bonne réponse », de probabilité p = 1/4 ; elle est répétée n = 8 fois, de façon indépendante ; X compte les bonnes réponses, donc X suit la loi B(8 ; 0,25).
P(X = 3) = C(8,3) × 0,25³ × 0,75⁵ = 56 × 0,015625 × 0,2373… ≈ 0,208
4. Représentation graphique
La loi de X se représente par un diagramme en bâtons : en abscisse les valeurs k de 0 à n, en ordonnée les probabilités P(X = k).
Ce qu'on lit sur le diagramme :
- les valeurs les plus probables se trouvent autour de np ;
- le diagramme est symétrique quand p = 0,5, décalé vers la gauche quand p < 0,5, vers la droite quand p > 0,5 ;
- quand n augmente, le diagramme s'étale : chaque valeur, prise isolément, devient peu probable.
5. Espérance, variance et écart type
Espérance, variance et écart type de la loi binomiale : Si X suit la loi B(n ; p) :
E(X) = np V(X) = np(1 - p) σ(X) = √(np(1 - p))
D'où viennent ces formules. Elles se démontrent au chapitre suivant, « Sommes de variables aléatoires » : on y écrit X comme la somme X₁ + X₂ + ⋯ + Xₙ de n variables de Bernoulli indépendantes — une par épreuve —, et chacune apporte p à l'espérance et p(1 - p) à la variance. Les admettre ici ne coûte rien ; on peut d'ailleurs les vérifier sur un petit cas.
Vérification pour n = 2 : P(X = 0) = (1 - p)², P(X = 1) = 2p(1 - p), P(X = 2) = p².
E(X) = 0 + 2p(1 - p) + 2p² = 2p - 2p² + 2p² = 2p ✓
E(X²) = 2p(1 - p) + 4p² = 2p + 2p², donc V(X) = 2p + 2p² - (2p)² = 2p - 2p² = 2p(1 - p) ✓
Cent lancers d'une pièce : X, le nombre de Pile en 100 lancers d'une pièce équilibrée, suit B(100 ; 0,5) : E(X) = 50, V(X) = 25 et σ(X) = 5. On attend 50 Pile en moyenne, et des écarts de l'ordre de 5 autour de cette moyenne n'ont rien d'étonnant.
Deux contrôles : E(X) = np est un nombre de succès : il est compris entre 0 et n. Répondre p seul, c'est donner l'espérance d'une épreuve.
V(X) = np(1 - p) est toujours inférieure à E(X) = np, puisqu'on la multiplie par 1 - p < 1.
6. Calculer : calculatrice et programme
Deux calculs suffisent pour tout le chapitre, et toutes les calculatrices du lycée les font :
- la probabilité ponctuelle P(X = k) ;
- la probabilité cumulée P(X ≤ k), somme des P(X = i) pour i allant de 0 à k.
Leur nom et leur menu changent d'un modèle à l'autre : on les trouve dans le menu des lois de probabilité, à la ligne de la loi binomiale, et l'on y entre n, p et k. Le mode d'emploi de la calculatrice précise lequel des deux calculs fait chaque commande — c'est la seule chose à vérifier.
Tous les autres calculs s'y ramènent :
| on cherche | on calcule |
|---|---|
| P(X ≤ k) | la cumulée en k |
| P(X < k) | P(X ≤ k - 1) |
| P(X ≥ k) | 1 - P(X ≤ k - 1) |
| P(X > k) | 1 - P(X ≤ k) |
| P(a ≤ X ≤ b) | P(X ≤ b) - P(X ≤ a - 1) |
La borne qui disparaît : P(X ≥ 3) = 1 - P(X ≤ 2), et non 1 - P(X ≤ 3) : la valeur 3 fait partie de l'événement, elle ne doit pas être retirée. Pour la même raison, P(3 ≤ X ≤ 5) = P(X ≤ 5) - P(X ≤ 2).
Sans calculatrice, deux fonctions Python font le même travail. La fonction comb du module math calcule le coefficient binomial :
from math import comb
def proba(n, p, k):
# P(X = k) pour X de loi B(n ; p)
return comb(n, k) * pow(p, k) * pow(1 - p, n - k)
def cumul(n, p, k):
# P(X <= k) : on additionne P(X = i) pour i de 0 à k
s = 0
for i in range(k + 1):
s = s + proba(n, p, i)
return s
À retenir
Résumé :
X = nombre de succès dans un schéma de Bernoulli ⟹ X suit B(n ; p).
P(X = k) = C(n,k) pᵏ (1 - p)ⁿ ⁻ ᵏ : C(n,k) chemins, chacun de probabilité pᵏ (1 - p)ⁿ ⁻ ᵏ.
E(X) = np, V(X) = np(1 - p), σ(X) = √(np(1 - p)) — démontrées au chapitre « Sommes de variables aléatoires ».
Toute probabilité se ramène à P(X = k) et à la cumulée P(X ≤ k) ; attention à la borne : P(X ≥ k) = 1 - P(X ≤ k - 1).